le thetablog
by thetapress
L’écriture
de l’ailleurs

"La réalité et les décors se fondent alors pour ne plus fournir qu'une image confuse et envoûtante." ©pikriss - thetapress

Le désir d’ailleurs naît-il de l’émotion littéraire ? ou bien est-ce l’inverse ?

Se tenir dans l’étonnement, voilà un sentiment qui nous est arraché. Le voyage maintient-il l’écrivain dans cette capacité ? « Pas si simple », répond Albéric d’Harvilliers, écrivain-voyageur. Il publie « L’écriture de l’ailleurs » chez Transboréal dans la collection « Petite philosophie du voyage ». Il livre une expérience intérieure approfondie, étudiée et nous montre à quel point le voyageur doit se méfier de ses propres lassitudes, de ses attentes mal dimensionnées de ses humeurs.

Descartes, qui parcourt l’Europe du Nord comme militaire à 22 ans, est là « pour étudier les mœurs différentes des hommes plus au naturel, et pour tâcher de se mettre à l’épreuve de tous les accidents de la vie. » Il conclut que s’il est « bon de savoir quelque chose des mœurs des divers peuples, c’est surtout pour juger plus sainement les nôtres, et pour que nous ne pensions pas que tout ce qui est contraire à nos modes soit ridicule et contre toute raison. » Claude Levi-Strauss le suit sur cette voie qui rapporte du Brésil une critique acerbe de l’arrogance occidentale et affirme détester les voyages.
Marcel Proust, comme l’auteur, rêve sur les noms de villes, de fleuves, de contrées éloignées, mais sans souhaiter se confronter à leur réalité. Et Kant affirme « le droit de la commune possession de la terre » en refusant toutefois de quitter Königsberg.

Une solitude peuplée"La musicalité propre à chaque langue, derrière la signification, laisse affleurer un sens."©pikriss - thetapress

Albéric d’Harvilliers, lui, cherche une forme de solitude peuplée de rencontres, d’émotions, d’images. Il cherche des lieux et des temps propices à l’écriture, à la rêverie. Il ne les trouve pas toujours, pas partout. Mais il prend son temps, le train plutôt que l’avion, des mois plutôt que des jours. « Aux départs précipités en avion où l’arrivée de l’autre côté fait de chacun un parachutiste à sa manière, je préfère la lente séparation d’avec un paysage connu que procure le train plus encore que la voiture. » Créer des « sas…pour se rendre à nouveau disponible au bouleversement et supporter le vertige qu’il y a à imaginer la saisissante nouveauté qui s’offre à nos yeux. »
Il nous éclaire sur ce lien qui lie le voyageur et l’écrivain dans un même corps voyageant, leurs échos, leurs joies, leurs émerveillements, leurs déceptions, leurs séparations et leurs retrouvailles. « Avec le temps, les distances commencent à s’amenuiser et le voyageur se sent peu à peu devenir son propre lieu. »
Il nous livre également les facéties de l’esprit, des sensations, de l’imagination : “Entre géographie réelle, pays traversés et paysages lus, il (l’écrivain) se déplace sur un continent qui n’appartient plus qu’à lui, une région à la réalité indiscutable faite de souvenirs et de mots.” Cette géographie intérieure, nourrie des voyages, modifie les distances, jumelle les souvenir jusqu’au recouvrement. Telle lumière, telle forme se rapproche d’une autre assez semblable, rencontrée à des milliers de kilomètres sous des cieux par ailleurs fort différents.

Que cherche l’écrivain ou le voyageur ?

“Pourquoi alors cherche t-il encore malgré cela une place qui lui laisserait supporter l’immobilité qui lui fait défaut ? Ne lui arrive t-il pas, les soirs d’été, de craindre d’avoir trop vu sans rien trouver, d’avoir en lui trop de bruits pour si peu de silence ? » Que cherche t-il ? Que fuit-il ? Après quoi, qui court-il ? Albéric d’Harvilliers explore ces questions en quatre-vingts pages d’une pensée qui virevolte au fil de la plume. D’Oslo à Tombouctou, il conduit sa réflexion et nous entraîne derrière lui.
Toutefois, « il faut s’étonner toujours de l’endroit où l’on se trouvera le lendemain, du livre qu’on lira, de celui qu’il reste à écrire, avancer dans cette errance littéraire avec confiance, disponible comme les surréalistes lors de leurs promenades parisiennes aux surprises qui se cachent sans doute derrière chaque tournant, chaque carrefour. »

« Ces réalités à peine effleurées, l’écriture vient leur redonner une présence palpable ».

  L'écriture de l'ailleurs - Petits propos sur la littérature nomade

  Albéric d'Harvilliers
  Éditions Transboreal
  8€

D'autres auteurs à découvrir sur le Thetablog
Share and Enjoy:
  • Print
  • Digg
  • Facebook
  • Google Bookmarks
  • LinkedIn
  • MySpace
  • PDF
  • RSS
  • viadeo FR
  • Add to favorites
  • email
  • Yahoo! Bookmarks

Leave a Reply